L’herbe de la pampa (Cortaderia selloana) produit des plumeaux spectaculaires qui attirent les amateurs de décoration naturelle. Avant de partir en cueillette, une donnée change la donne : depuis 2023, cette plante figure sur la liste française des espèces exotiques envahissantes réglementées. La détention, le transport, la vente et l’achat de spécimens vivants sont interdits en France métropolitaine, et le délai accordé aux professionnels pour écouler leurs stocks a pris fin le 1er septembre 2024.
Cueillir des plumeaux séchés reste possible sous certaines conditions, mais le cadre légal redessine les lieux et les méthodes de récolte.
Réglementation pampa en France : ce qui est autorisé et ce qui ne l’est plus
| Action | Statut depuis 2023 | Remarque |
|---|---|---|
| Achat ou vente de plants vivants | Interdit | Stocks professionnels écoulés au 1er septembre 2024 |
| Don ou échange de spécimens vivants | Interdit | Inclut le don entre particuliers |
| Cueillette de plumeaux (inflorescences sèches) | Toléré sous conditions | Dépend du propriétaire du terrain et des arrêtés locaux |
| Plantation dans un jardin privé | Interdit pour de nouveaux plants | Les pieds existants doivent être gérés pour limiter la dissémination |
| Ramassage en parc national ou réserve | Souvent interdit | Règles plus strictes, se renseigner auprès de la direction du parc |
Ce tableau clarifie un point que beaucoup de guides décoratifs ignorent : la cueillette sauvage n’est pas automatiquement autorisée hors des terrains privés. Même si la pampa n’est pas une plante protégée au sens botanique, le ramassage dépend du propriétaire du terrain, du règlement du site naturel et, dans certains cas, d’un arrêté préfectoral limitant les quantités ou les périodes de récolte.
En pratique, cela signifie que repérer un talus couvert de plumeaux le long d’une route ne suffit pas. Il faut vérifier qui possède la parcelle et si un arrêté local encadre la cueillette. Les parcs nationaux appliquent des restrictions supplémentaires qui peuvent aller jusqu’à l’interdiction totale de prélèvement végétal.
Pour savoir précisément où trouver des branches de pampa en tenant compte de ces contraintes, il vaut mieux croiser les repérages visuels avec une vérification foncière rapide (cadastre en ligne ou contact avec la mairie).

Lieux de cueillette de pampa : comparatif des environnements
Les herbes de pampa fleurissent de septembre à octobre. On les repère principalement le long des cours d’eau, des lacs, du littoral et sur les talus routiers. Tous ces environnements ne présentent pas le même intérêt ni les mêmes contraintes.
Bords de rivières et littoral atlantique
La pampa colonise largement les zones humides et les dunes du littoral atlantique, de la Vendée au Pays basque. Ces zones offrent des plumeaux souvent volumineux, car le sol humide favorise la croissance. En revanche, beaucoup de ces secteurs sont classés en zones naturelles protégées ou gérés par le Conservatoire du littoral, ce qui complique le prélèvement légal.
Talus routiers et friches périurbaines
Les bas-côtés de départementales et les terrains en friche constituent les spots les plus accessibles. La plante, très envahissante, s’y installe spontanément sur les terres vierges. Le propriétaire est souvent la collectivité locale, et certaines communes tolèrent la cueillette, voire l’encouragent dans le cadre de la lutte contre les espèces invasives.
Les friches périurbaines représentent le meilleur compromis entre accessibilité et légalité. Un appel en mairie permet généralement de savoir si le terrain est communal et si la cueillette est acceptée.
Jardins privés existants
De nombreux particuliers possèdent encore des pieds de pampa plantés avant l’interdiction. Comme la plante prolifère rapidement (elle peut atteindre plusieurs mètres de hauteur), certains propriétaires sont ravis de céder leurs plumeaux. C’est une piste à explorer via les groupes locaux de partage ou les réseaux de voisinage.
Précautions de cueillette : équipement et gestion des graines
Les guides existants mentionnent le sécateur, mais sous-estiment les risques réels de la manipulation d’une touffe mature. Les feuilles de Cortaderia selloana sont extrêmement tranchantes : elles peuvent provoquer des coupures profondes aux mains et aux avant-bras.
L’équipement adapté va au-delà du simple sécateur :
- Des gants épais de type jardinier renforcé, couvrant les poignets, pour manipuler les tiges sans se blesser sur les feuilles
- Des lunettes de protection, car les projections de fragments de feuilles lors de la coupe sont fréquentes et irritantes
- Un sac hermétique (type sac poubelle épais) pour transporter les inflorescences sans disperser les graines dans l’environnement
- Un drap ou une couverture pour envelopper les plumeaux dans le véhicule et éviter que les peluches ne se déposent partout
Couper les inflorescences avant maturité complète des graines limite considérablement le risque de dissémination. Si les graines sont déjà matures, les plumeaux doivent être enfermés immédiatement dans un sac. Le point souvent négligé : ne jamais déposer les résidus de pampa au compost ni avec les déchets verts, car cela favorise la propagation de cette espèce envahissante.

Séchage et conservation des plumeaux de pampa
Une fois coupés, les plumeaux nécessitent un séchage correct pour garder leur volume et leur tenue décorative. La méthode la plus fiable consiste aux suspendre tête en bas dans un endroit sec, ventilé et à l’abri de la lumière directe pendant deux à trois semaines.
Quelques points conditionnent la qualité du résultat :
- Récolter par temps sec, de préférence en fin de matinée quand la rosée a disparu, pour éviter les moisissures pendant le séchage
- Appliquer une fine couche de laque (laque pour cheveux) une fois le séchage terminé, afin de fixer les plumes et limiter la perte de fibres
- Stocker les plumeaux séchés debout dans un vase haut ou couchés dans un carton rigide, jamais comprimés, pour préserver la forme du plumeau
Les plumeaux bien séchés se conservent plusieurs années sans traitement supplémentaire. La laque reste la seule finition réellement utile : elle empêche les fibres de se détacher au moindre courant d’air, ce qui est le principal désagrément d’une pampa exposée en intérieur.
Le cadre réglementaire autour de la pampa rend la cueillette plus contraignante qu’il y a quelques années. Vérifier le statut foncier du terrain, s’équiper correctement et gérer les graines avec rigueur ne sont pas des précautions optionnelles. C’est la condition pour profiter de plumeaux décoratifs sans contribuer à la propagation d’une espèce dont la gestion coûte déjà cher aux collectivités.



